Logo 16-9 Blanc

Des intérêts privés à l’aérodrome ? (2/5)

Des intérêts privés à l’aérodrome ?

L’aérodrome des Sables-d’Olonne se prépare à une cure de jouvence, mais à quel prix ? Avec une enveloppe de 5 millions d’euros, le projet vise à allonger la piste, construire des bureaux, des hangars et un restaurant sur un ensemble de 46 ha.

UNE MAUVAISE GESTION

Premièrement, quelques informations importantes : le site de l’aérodrome appartient à l’agglomération des Sables d’Olonne, qui acquiert également des terrains environnants depuis plusieurs années. Seule une partie contiguë appartient à l’entreprise Vendée Évasion. Par ailleurs, la gestion du site est assurée par une association, l’aéroclub de Vendée, qui agit en tant que délégataire de l’agglomération.

Deuxièmement, quelques exceptions à la règle : alors que le code de l’aviation civile impose des taxes pour chaque atterrissage ou décollage, similaire à une taxe de séjour, cela n’est pas appliqué aux Sables d’Olonne.

Pour occuper le domaine public et avoir une activité commerciale, comme les restaurateurs par exemple, les entreprises de l’aérodrome paient 1 euro le mètre carré. Et il n’y pas d’autres frais pour l’utilisation de l’infrastructure publique. De plus, le stationnement des avions est gratuit pour ceux venant de l’extérieur, contrairement aux voitures en centre-ville.

PASSAGE À LA CAISSE

En comparaison, de nombreuses collectivités appliquent diverses redevances pour l’utilisation de leur aérodrome : redevance d’atterrissage, forfait escale, stationnement pour une journée.. Et ces tarifs sont souvent doublés pour les aéroplanes à but commercial (parachutisme, autogire, hélicoptère, avions de voyage aérien). Mais aux Sables d’Olonne, aucune de ces taxes n’est en vigueur.

Petit bonus : l’office de tourisme fait la promotion touristique des activités de l’aérodrome sur son site internet.

PIROUETTE CACAHUÈTE

Troisièmement, l’aéroclub verse chaque année à l’agglomération un montant de 151 euros pour utiliser et entretenir le terrain et les installations. Un contrat conclu en 1999, à une époque où les transactions se faisaient en francs ! (Voir annexe 3) Résultats : un hangar qui menace de s’écrouler, un restaurant abandonné depuis plus de 10 ans..

SANS PROJET ÉCONOMIQUE

Le souci avec cette rénovation est que l’agglomération n’envisage aucune révision des tarifs, ne prévoit aucune contrepartie à l’investissement, n’établit aucun plan financier équilibré pour l’aérodrome, ni ne présente de perspectives économiques pour son développement.

L’arrivée de nouvelles entreprises ? “Tous les espaces dédiés aux activités économiques sont occupés. Aucune autorisation d’occupation temporaire supplémentaire n’est prévue” répond l’agglomération.

PRIVÉ DE JETS

Tous les arguments économiques, avancés en début de projet, se sont envolés comme par magie. Création d’emplois, tenue de grands évènements, aviation de tourisme..

Un seul paragraphe est consacré à l’économie sur l’ensemble du dossier transmis aux services de l’État et les autres chiffres sur l’activité de l’aérodrome viennent d’une entreprise partie prenante du projet, Vendée Évasion.

Exemple : 4 000 mouvements ont été constatés d’avril à septembre 2022, selon Vendée Évasion, dont 1 008 pour le parachutisme, 320 pour l’ULM, et 400 pour des avions extérieurs. Il suffit de faire un calcul : 1 008 + 320 + 400, ça fait 2 520, il manque donc 1480 mouvements. Où sont-ils ? Des chiffres incomplets qui montrent le peu de sérieux de l’agglomération.

PERFUSION

En l’absence d’équilibre financier, comment s’assurer que les investissements de demain ne se transforment pas en un gouffre financier pour la collectivité ? En l’absence de projet économique, quel est l’intérêt pour la collectivité d’investir dans cette infrastructure ?

En France, près de la moitié des infrastructures aéroportuaires ne peuvent survivre que grâce aux subventions publiques, ce qui a conduit la Cour des comptes à appeler à une rationalisation de leur gestion.

Annexe 3 – Contrat de délégation avec l’aéroclub

Anthony Bourget

L’aérodrome des Sables-d’Olonne se prépare à une cure de jouvence, mais à quel prix ? Avec une enveloppe de 5 millions d’euros, le projet vise à allonger la piste, construire des bureaux, des hangars et un restaurant sur un ensemble de 46 ha. UNE MAUVAISE GESTION Premièrement, quelques informations importantes : le site de l’aérodrome […]